L’atelier des canots

Le canot d'écorce de bouleau est le moyen de transport le plus commun et le plus pratique pour naviguer sur les eaux intérieures au temps de la traite des fourrures. Conçu et confectionné par les Autochtones nord-américains à partir de matériaux disponibles dans le Bouclier canadien, il est bientôt adopté par les Européens parce qu'il est le moyen de transport le plus facile à utiliser à l'intérieur de l'Amérique du Nord et qu'il répond aux besoins du commerce et de l'exploration. La version des Autochtones est adaptée aux cours d'eau plus petits et indomptés de l'Amérique du Nord et convient donc mieux que les grands bateaux de bois conçus en Europe. Embarcation relativement légère, l'équipage peut transporter le canot au cours des portages. De plus, il peut supporter une charge considérable par rapport à son poids.

On se servira plus tard de canots de dimensions différentes pour le transport des fourrures et des objets d'échange. Le plus grand canot, le canot de maître, mesure 36 pieds (10,8 mètres) et est utilisé pour transporter les marchandises sur la rivière des Outaouais et le lac Supérieur, entre Montréal et le Fort William. Le deuxième canot, le canot du nord, mesure 24 pieds (7,2 mètres) et est utilisé sur les voies de navigation intérieures. Les Autochtones, entre autres, se servent de petits canots de 9 à 20 pieds pour des expéditions de pêche et d'exploration.

Bien que les voyageurs prennent soin de leurs canots pendant le voyage, la durée de vie d'un canot destiné au transport des fourrures est courte. C'est pourquoi la Compagnie du Nord-Ouest crée un centre de construction et de réparation de canots à des endroits stratégiques, par exemple au Fort William et au lac à la Pluie. On se procure dans les forêts de la région les matériaux servant à construire les canots d'écorce de bouleau; la Compagnie du Nord-Ouest les obtient souvent des Autochtones. On ramasse l'écorce de bouleau blanc en grandes feuilles qui sont cousues ensemble avec le « ouatapi » ou racines d'épinette (la racine pelée de l'arbre) et qui forment la coque ou extérieur de l'embarcation. On utilise aussi du bois pour les traversins (les barres transversales), les plats-bords (longues barres qui donnent sa forme au canot), les sièges des voyageurs et les pagaies. On utilise des billots faits de cèdre blanc de l'est qui sont divisés en bandes droites, légères et faciles à travailler. Pour coudre le tout, on emploie de longues racines d'épinette noire. On termine en recouvrant les coutures de gomme d'épinette et de graisse d'animal pour les rendre imperméables.

Les fabricants de canots du Fort William sont canadiens-français et ojibwés. Les femmes autochtones accomplissent plusieurs des tâches liées à la construction des canots : elles ramassent les racines d'épinette et s'en servent pour coudre l'écorce, et elles enduisent les coutures de gomme d'épinette.

Outils
Les fabricants autochtones élaborent différents modèles de construction en fonction des matériaux et des outils à leur disposition. Ils peuvent les faire en écorce autre que celle de bouleau, mais ils préfèrent le bouleau parce qu'il est souple et qu'on peut le coudre en larges feuilles. Le canot est construit au moyen d'outils simples et, souvent, c'est un projet de toute la communauté, supervisé par le maître d'œuvre qui a acquis son savoir-faire d'un autre.

Poinçons
L'os ou le poinçon en corne sera remplacé par un autre, en métal, carré ou triangulaire. Les coins du poinçon percent des trous dans l'écorce ou le bois. Il est ainsi plus facile de faire passer la racine dans le trou.

Hache
Une hache de métal permet de couper et de fendre plus facilement le cèdre ou les rondins d'épinette en longues pièces formant les traversins et les plats-bords qui formeront la charpente du canot.  

Couteau « croche »
Appelé aussi couteau à lame incurvée, on le tient dans une main, la lame vers soi tandis qu'on tient le bois de l'autre main. Ce couteau, de conception autochtone, est d'abord fait de cuivre, puis est ensuite forgé en métal par des forgerons. Son nom lui vient de son manche « croche » et non de sa lame recourbée. On peut aussi se servir de la lame pour fendre de plus gros morceaux de bois afin d'en faire de minces lanières.