Le Campautochtone

Au milieu du XVIIe siècle, les Ojibwés vivant à l'est du lac Supérieur commencent à se déplacer vers l'ouest et, à la fin de 1770, on note la présence de ce peuple tout autour du lac Supérieur. Un de ces campements se trouve sur la rivière Kaministikwia. Des récits de témoins oculaires du Fort William au début du XIXe siècle mentionnent d'ailleurs la présence d'un camp autochtone à l'est de la palissade. Une peinture de 1805 montre des groupes de wigwams en forme de dôme au sud-est du Fort, et des illustrations de la période de la Compagnie de la Baie d'Hudson (après 1821) représentent des wigwams et des tipis de forme conique.

Ces établissements montrent bien la nature d'un peuple qui s'adapte continuellement à son milieu, ce qu'il fait depuis des milliers d'années. Les groupes familiaux ojibwés se déplacent selon la saison dans les régions boisées entourant le lac Supérieur pour faire de la pêche et de la chasse et se livrer à des échanges avec d'autres groupes autochtones. À l'arrivée des Européens, de nombreux Ojibwés répondent aux exigences de la traite des fourrures : trappage d'animaux à fourrure et établissement de contacts prolongés avec les postes de traite pour les approvisionner en peaux et leur offrir divers services.

Les Ojibwés qui vivent à l'ouest du lac Supérieur sont aussi connus sous le nom de Saulteux ou Chippewa, alors que ceux qui demeurent au nord sont les Cris. Ces deux tribus se rendent probablement au Fort William lors du Rendez-vous, événement au cours duquel les Autochtones des régions environnantes viennent faire la traite de fourrures, travailler et échanger leurs produits pour des articles offerts au magasin des Autochtones. Bien que la plupart des Autochtones partent chasser à la fin de l'été, certains d'entre eux restent au Fort pour participer aux activités hivernales.

Au cours de la période de la Compagnie du Nord-Ouest, il y a peut-être 150 Ojibwés qui vivent dans la région de Kaministikwia. Des noms ojibwés figurent en effet très régulièrement dans les livres de transactions du Fort William, vraisemblablement des membres de la communauté autochtone vivant près du Fort. Il est probable que la plupart de leurs activités se passent au Fort William mais ils continuent d'entreprendre des excursions saisonnières et d'établir des campements pour récolter du sucre d'érable et du riz sauvage, poser des collets à lapins et à poissons et chasser. Certaines de ces expéditions s'étendent de quelques semaines à quelques mois, ce qui explique pourquoi la population ojibwée change continuellement au Fort William.

En plus de leurs activités habituelles, les Ojibwés du Fort William participent au bon fonctionnement du poste. Les femmes travaillent dans la cuisine, les ateliers de canots et la ferme et sont rémunérées avec des marchandises de traite. Les hommes font de la chasse ou de la pêche pour le compte de la Compagnie du Nord-Ouest et offrent une main-d'œuvre et des compétences dont la compagnie peut avoir besoin.

En tant que producteurs, les Ojibwés répondent intégralement aux besoins de la Compagnie du Nord-Ouest au Fort William. Les livres de transactions indiquent la quantité de provisions et de matériaux fournis au poste et à son personnel : écorce, racines d'épinette et épinettes pour la construction de canots, raquettes, mocassins, peaux, sucre d'érable, baies, riz sauvage et gibier.