Le Hangar Naval

Bien qu'ils ne soient peut-être pas aussi bien connus que les grands canots de transport de marchandises que l'on associe automatiquement à la traite des fourrures, les hangars navals font partie intégrante du réseau de transport de la Compagnie du Nord-Ouest.

Le hangar, ainsi que les chantiers de construction de bateaux qui l'entourent, sont au cœur des activités de construction de goélettes et autres bateaux du Fort William. Il abrite les magasins de pièces (gréements, voilures, cordages, rames, goudron et autres fournitures dont ont besoin les goélettes, les bateaux et les autres embarcations pendant leurs voyages), ainsi que les outils dont se servent les charpentiers pour l'assemblage des bateaux. Les combles de ce même hangar logent l'atelier du maître‑voilier, qui fabrique et répare les voiles des goélettes et des bateaux, et servent aussi de salle de « traçage » où l'on étale les plans des bateaux en construction.

Les hommes qui travaillent sur le chantier de construction sont habituellement des marins qui possèdent aussi des talents de charpentier et de gréeur ou connaissent d'autres métiers nécessaires à l'assemblage et à l'entretien de navires en bois de conception européenne. La plupart de ces hommes sont d'origine anglaise et connaissent à fond les us et coutumes des gens de la mer, mais ils ignorent tout de ceux des voyageurs. Ils forment la totalité des équipages des goélettes de la Compagnie du Nord‑Ouest.

Les goélettes sont un élément essentiel du réseau de transport de la Compagnie du Nord-Ouest au début du XIXe siècle. Comme les rapides du Saint‑Laurent et de la rivière St. Mary's, ainsi que les chutes de la rivière Niagara, constituent des obstacles pour les bateaux qui se rendent de Montréal au Fort William en passant par les Grands Lacs, il faut procéder au transbordement des marchandises à Kingston, à Niagara et à Sault Ste. Marie. La Compagnie possède une flottille de goélettes pour le transport sur les lacs Érié et Huron et une autre pour le lac Supérieur.

Sur le lac Supérieur, les goélettes effectuent l'aller-retour entre Sault Ste. Marie et Fort William cinq ou six fois par été. Ces navires de transport robustes sont surtout chargés de marchandises provenant de la région de Détroit : farine, maïs, porc, bois de construction et animaux de ferme. Les goélettes approvisionnent les artisans du Fort William en matériaux dont ils ont besoin, comme le fer et l'acier pour les forgerons, le fer blanc et le fil de fer pour les ferblantiers, les douves et les cerceaux pour les tonneliers. Ils transportent aussi du sucre d'érable, des armes, du plomb et de la poudre. Pour alléger la cargaison des canots d'écorce de bouleau qui empruntent la rivière des Outaouais pour se rendre à Montréal, les goélettes se chargent d'une partie des fourrures et autres marchandises destinées aux canots pendant la traversée du lac Supérieur. Comme la partie nord du lac Supérieur a la réputation d'être une zone dangereuse, le transport d'une partie de la cargaison des canots par goélette accélère le voyage et en augmente la sécurité.