La confection de chapeaux

Chapeau haut-de-formeEn moyenne, la Compagnie du Nord-Ouest traite quelque 45 000 kg de castors par an. Cela équivaut à environ la moitié du poids total des peaux acquises au cours d'une année de traite. Pourquoi ce rongeur d'écorce est-il si populaire auprès des marchands de fourrures après le XIXe siècle? Pourquoi la fourrure de luxe comme celle du renard arctique ou celle du vison n'est-elle pas aussi populaire? Réponse : les chapeaux, les chapeaux et encore les chapeaux!

Que ce soit le travail éreintant exigé par des centaines de portages et des milliers de kilomètres en canot, la concurrence féroce et parfois insoutenable, les coûts énormes engendrés par la construction de postes de traite comme celui du Fort William, les chapeliers exténués de travail ou les Autochtones mourant de la variole, tout mais absolument tout concourt vers un seul objectif : fournir les chapeaux à la mode aux hommes, femmes et enfants d'Europe. Si tous portent des chapeaux, ce sont cependant les hauts-de-forme des bourgeois qui sont l'élément moteur de la traite des fourrures. Leurs styles sans cesse changeants aident à maintenir la demande de peaux de castor en provenance du Canada.

Si ce genre de traitement semble malheureux pour notre ami le castor, il l'est également pour le chapelier. De longues périodes d'exposition au mercure auront plus tard un impact sur son système nerveux, ses paupières, puis ses doigts, sa langue, ses bras, ses jambes, son sens de l'équilibre et, enfin, sur son état mental, d'où l'expression « être aussi fou qu'un chapelier ».  

Les barbes rasées de la peau s'appelle de la peluche. La peluche est cardée ou séparée en préparation du reste du processus de feutrage. À cette étape, la peluche pour le chapeau est pesée en fonction de la taille désirée et de l'épaisseur du chapeau. Cela équivaut habituellement à la quantité de peluche provenant d'une peau de castor, soit de huit à douze onces.

La peluche est placée sur une table carrée aux fentes parallèles séparées également.  Au-dessus de la table, on suspend un archet semblable à celui d'un violon. On pince la corde de l'archet pour créer des vibrations, et la peluche située en dessous commence aussi à vibrer. Ces vibrations font tomber la poussière par les fentes de la table. La peluche commence aussi à s'étendre sur la table pour former un feutre non ajusté. Quand le feutre commence à prendre forme, le chapelier appuie dessus pour resserrer les fibres. Le tas de peluche devient alors une longue feuille ovale d'environ 1,3 m de longueur, 1 m de largeur et 15 à 30 cm de hauteur. On lui donne ensuite une forme triangulaire puis on en combine deux pour créer une forme conique à laquelle on rajoute un peu plus de peluche pour le bord.

Ce « chapeau » de forme conique est trempé dans une solution. Une fois sorti de cette solution, on le place sur un cône et on le travaille au rouleau jusqu'à ce qu'il mesure la moitié de sa taille originale. On l'installe ensuite sur un bloc de bois pour lui donner la forme et la dimension de base d'un haut-de-forme terminé, après quoi on coupe le bord avec un couteau. Le chapeau est ensuite teint dans une grande cuve de cuivre. Les hauts-de-forme peuvent être de presque toutes les couleurs, au goût du jour. Le chapeau est aussi trempé dans une solution semblable à de la colle pour le raidir et l'imperméabiliser. Comme touche finale, on y met une doublure de satin, on pare le bord d'un ruban et on insère la marque de commerce du chapelier sur la garniture intérieure du chapeau. Voilà le chapeau fin prêt pour la vente.