Le grand hall

« La salle à dîner est une pièce de noble aspect et assez grande pour accueillir deux cents convives. On y trouve un buste finement ciselé de feu Simon McTavish ainsi que des portraits de divers propriétaires. Le portrait grandeur nature de Nelson et un magnifique tableau représentant la bataille du Nil, dons de l'honorable William McGillivray à la Compagnie, décorent aussi les murs. Au fond de la pièce se trouve une imposante carte du pays des Indiens que M. David Thompson, astronome de la Compagnie, a tracée minutieusement. Sur cette carte figurent tous les postes de traite que la Compagnie possède, de la baie d'Hudson à l'océan Pacifique et du lac Supérieur à Athabasca et au Grand Lac des Esclaves. »

              - (Ross Cox, The Colombia River, p. 330)

Ici, les maîtres de la Compagnie - agents, associés et commis - se réunissent pour dîner ensemble. Les guides et les interprètes, seuls employés de rang inférieur à celui de bourgeois à pouvoir prendre le repas dans la salle à manger, les y rejoignent. Les places à table reproduisent la structure hiérarchique de la Compagnie.

Les listes de matériel nous donnent une idée de ce que l'on sert dans le Grand Hall - de la viande fraîche de bœuf, de veau et de mouton, du beurre (de la ferme du Fort William), des fromages « Gloster » et américain, du jambon, des raisins, de la cassonade et du pain de sucre. Les boissons sont le thé vert et Hyson, le porto, les vins de Madère et de Tenerife et le brandy.

Nourrir les propriétaires et les employés de la Compagnie du Nord-Ouest réunis pour le Rendez-vous est une entreprise qui exige l'importation massive d'aliments. Après un long et difficile voyage jusqu'au Fort William, les hommes trouvent certainement dans les repas du Grand Hall un bon remontant pour le moral.

Le Grand Hall est aussi le lieu où l'on célèbre les fêtes et les grandes occasions. Les bals où les messieurs dansent avec les « dames du pays » au son des cornemuses, des violons, des flûtes et des fifres et les cérémonies d'échange de présents entre les Autochtones et les directeurs de la Compagnie ont lieu, eux aussi, dans le Grand Hall.

Le manoir dispose aussi de quatre chambres, deux de chaque côté de la salle à manger, où logent les agents venus de Montréal pour le Rendez-vous. Une petite pièce en retrait face à la porte d'entrée du Grand Hall sert de dépense ou « salle où le pain et les autres victuailles ainsi que la vaisselle, le linge de table, etc., sont gardés ». L'inventaire de la dépense dressé en 1821 fait mention de nappes, assiettes en faïence, bols en faïence bleue, assiettes et marmites en étain, louches, verres et salières en cristal taillé.

La dépense et le service de table sont sous la responsabilité d'un maître d'hôtel qui, à chaque saison, se déplace de Montréal jusqu'au Fort. Si l'on sait que son salaire pour l'été est de 50 à 60 livres (un apprenti commis touchait 20 livres par année), on comprend l'importance accordée à un service convenable dans un décor convenable.